Hadji Barry : Une source d’inspiration

Hadji Barry est membre du CNT et il est l’un des trois membres nommés à l’instance de Transition qui représentent les personnes handicapées. C’est le couronnement d’un long combat pour la reconnaissance du handicap dans la vie publique, même si les réformes tardent à venir.

Né en 1976 à Niono, région de Ségou, Hadji Barry est un handicapé visuel depuis l’âge de 4 ans. De taille moyenne, teint noir et toujours jovial, l’homme a dû vaincre bien des défis.

« Je ne suis pas né handicapé visuel, j’ai eu ça à l’âge de 4 ans … » Inscrit à l’école en 1984-1985, c’est à l’Institut National des Aveugles du Mali (INAM) – actuel Institut des Jeunes Aveugle (IJA) – que Hadji Barry a commencé ses études. Après le certificat d’étude primaire il obtient en 1993 le diplôme d’étude fondamental (DEF) et entame le secondaire jusqu’au baccalauréat, puis entreprend des études universitaires où il gagne une maîtrise en droit public international. Autant d’étapes qui sont des obstacles à franchir : « au lycée, les documents n’étaient pas accessibles en écriture braille. Il y avait beaucoup d’efforts à faire. Je devais faire recours aux gens pour lire, afin que j’enregistre. Au cours du circuit universitaire, c’était la même chose, parce qu’au Mali il n’y a pas de bibliothèque proposant des documents en braille. Au-delà de tout cela, il y a les préjugés sociaux qu’on peut minimiser rapidement à travers son comportement, son niveau à l’école » résume-t-il.

Hadji Barry a intégré la fonction publique en 2008 comme administrateur civil. Entretemps, il sert au service social de Kati et de Kalaban Coro pour ensuite devenir directeur de réalisation socioprofessionnelle à l’Union Malienne des Aveugles (UMAV). En 2018, il devient le président de l’Umav et en 2019 le premier vice-président de la fédération malienne des associations des personnes en situation de handicap. Depuis 2020, il est membre du Conseil National de Transition, comme représentant des personnes en situation de handicap. « Mon premier jour au CNT, j’ai ressenti un sentiment de fierté, de joie. Un jeune aveugle qui porte le drapeau national pour parler au nom du pays ! Depuis l’enfance, je m’amusais à dire qu’il faut que je sois dans le Parlement. Si Dieu m’a donné cette chance, je ne fais que le remercier », fait-il.

Mériter la confiance

Il faudra, dit-il, se donner à fond pour mériter la confiance placée en lui. Le premier jour dans un lieu inhabituel est un moment de stress, surtout pour un handicapé visuel se retrouvant parmi tant de personnes. Et pourtant, les choses se sont bien déroulées pour le natif de Niono. Il raconte : « Quand on est parti au pupitre, j’ai un collègue du CNT que je ne connaissais même pas avant. Il a pris aussitôt ma main pour aller au pupitre, et ce souvenir restera à jamais. Il est là chaque fois que j’ai besoin de quelque chose, comme lecture ou déplacement, ce qui me motive. C’est le lieu de remercier les autorités de la transition qui ont vite compris que le Mali Koura doit se faire avec tout le monde ».

Selon M. Barry, l’environnement au CNT n’est pas adapté à 100% mais les gens font de leur mieux. S’il n’y a pas de documentation en braille, les autres sont toujours disposés à faire la lecture pour lui, et avec la technologie il existe maintenant d’autres moyens de faire la lecture des documents.

Hadji souligne que, depuis l’enfance, il a bénéficié de soutiens, à commencer par celui de sa famille. Son père l’encourageait beaucoup, sa maman, ses frères et sœurs, étaient là pour lui. A l’école également, il a eu des promotionnaires pour lui rendre service, sachant sa détermination et son courage.

Alphady Yaro est un enseignant à l’IJA et un collaborateur de M. Barry depuis 12 ans. Il témoigne que Hadji est quelqu’un au cœur ouvert, un travailleur. « Il a toujours indiqué dans nos différentes réunions qu’il ne voulait jamais voir ni entendre qu’un élève a été chassé parce que ses parents n’ont pu payer la cotisation. » Il témoigne que ce père de famille (marié avec 3 enfants) est un croyant qui dit toujours que tout ce qui arrive à l’homme vient de la volonté de Dieu. Grâce à cette croyance, il a pu gérer la situation, dans une famille où il est le seul aveugle. « Sur le plan social, il est toujours présent à chaque cérémonie, ou en cas de problème. C’est quelqu’un qui est toujours là, surtout pour ses enfants. Il tient beaucoup à leur éducation… Ce qui me marque chez lui, c’est sa ténacité. Il a toujours un objectif, il ne prend pas des décisions comme ça », affirme M. Yaro.

Hadji Barry dit encore détester l’hypocrisie et dénonce le comportement d’assisté de celui qui veut se servir de son handicap. « Le jour de mon inscription à l’école, mon Papa m’a dit : malgré ton handicap, il faut que tu réussisses, tu es l’espoir de la famille. Ça m’a vraiment marqué durant toute ma vie, ça me revient en tête ». L’handicap n’est pas une fatalité, et Hadj Barry entend servir de modèle pour convaincre d’autres de ne pas baisser les bras. 

Assan TRAORE  

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