Aichata Services : du chômage à l’entreprenariat

A Kita, un programme danois de soutien aux initiatives entrepreneuriales a permis à Macouta de se lancer. Après trois mois d’activité, la jeune cheffe d’entreprise qui fabrique et commercialise des infusettes de tisane est tous sourires…

Sur l’avenue de la Liberté à Dar-Salam (Kita), sous un vent frais et sec d’harmatan, un balai incessant de véhicules anime cette matinée comme d’ordinaire. Cet axe principal lie Kita à Bamako, c’est une position stratégique. Macouta Sylla a implanté sa boutique, ouverte il y a tout juste 3 mois. A l’intérieur, une jeune fille range de nouveaux paquets de tisanes sur les étagères. Derrière le comptoir se tient la cheffe d’entreprise de 31 ans, teint ébène, tous sourires : car les affaires vont bon train pour cette jeune entreprise.

Début de l’aventure

Son business, elle l’a formalisé il y a moins d’un an dans le cadre d’un financement du Facej (Fonds d’Appui à la création d’entreprise par les jeunes) *. Le démarrage a été on ne peut plus simple : Macouta fabriquait des infusions pour sa consommation personnelle. C’est sa mère qui l’a incitée à s’intéresser à un projet finançant les initiatives entrepreneuriales des jeunes, après avoir entendu une information à la radio. Son nouveau-né au dos, elle se rend immédiatement au Cercle où un représentant du programme Facej tient une conférence.

« Après la présentation de El Habib Dicko, le facilitateur, celui-ci a invité l’auditoire à exposer leur idée. J’ai bondi sur l’occasion : c’était sur les tisanes faites maison. Immédiatement, il m’a fait savoir que c’était un projet prometteur », relate Macouta. Au fond, elle avait toujours eu foi dans son idée, ayant déjà commercialisé certains produits à petite échelle, à 50 F et 100F le paquet.

Échange de contact, fourniture de documents d’identité et diplômes, quelques temps plus tard El Habib Dicko mettra Macouta en contact avec une fournisseuse nommé Mayi, à Bamako. Cette dernière lui vend des infusettes qui améliorent la présentation de ses produits. Pour commencer, elle achète pour 7500 F CFA, première enveloppe qui s’agrandira rapidement pour satisfaire la clientèle. Pendant un moment, avant de passer à un processus moins artisanal, elle fait moudre ses produits à la main, en les pilant dans un mortier :  clou de girofle (Benefouti), gingembre (Niamakou),  kegelia africana (Yiriba), menthe (Nanayé), bissap … tous ont des vertus thérapeutiques contre la tension, l’ulcère, le diabète, ou pour la santé de la femme. On crée de grands sachets contenant 20 infusettes, vendues à 1000 F, à côté de petits sachets de 10 vendues 500 F.

Grace à cette activité, Macouta obtient du Facej un financement de 3 699 000 F CFA pour l’appuyer, dont une prime « innovation » de 900 000 F et une prime « emploi » de 900 000 également. Il a fallu s’inscrire au registre du commerce et obtenir un numéro d’identification fiscal (NIF). « J’étais tellement heureuse d’obtenir ce financement que j’ai jeûné pendant une semaine » rit Macouta à grands éclats. Ensuite, c’est l’ordinaire de la gestion de projet, avec des représentants du Facej venus inspecter ses locaux à plusieurs reprises, les réponses à des interrogatoires poussés sur l’entreprenariat, la commercialisation et bien d’autres sujets, toutes choses qui font peser beaucoup de pression sur ses épaules. Mais c’était parti !

Détentrice d’une maitrise en gestion d’entreprise obtenu à la Faculté des Sciences économiques et de Gestion de Bamako en 2015, Macouta a ensuite fait face aux difficultés de la recherche d’emploi, se retrouvant dans la situation de bon nombre de jeunes Maliens désemparés et sans perspectives d’avenir. Elle passe de stage en stage dans plusieurs banques (BNDA, Bank of Africa), sans possibilité d’embauche, rejoint par la suite le lot des « mercenaires » : c’est le surnom donné, dans le milieu scolaire, aux professeurs de lycées qui enseignent dans plusieurs établissements. Macouta dispense ainsi des cours de mathématiques dans les lycées.

Une affaire de famille

Le nom AICHATA SERVICES a été choisi pour rendre hommage à sa mère.  Mariée dans une grande famille, entre les travaux ménagers et la cuisine, elle avait de quoi se mélanger facilement les pédales. Heureusement, sa famille et les membres de sa belle-famille lui sont d’un grand soutien. « Feu mon beau-père était toujours jovial et m’a toujours encouragée. Tout comme mon mari d’ailleurs », confie la jeune entrepreneuse.

Sans compter qu’il met la main à la pâte : après l’étape qui consiste à moudre et tamiser les feuilles de tisane, son mari l’assiste en insérant les poudres dans les infusettes et elle les attache. Et pendant ce temps, son père à elle s’occupe du bébé ! « Mon mari est un grand soutien car il fait office d’agent commercial, il fait la promotion de mes produits dans son entourage et incite ses amis à acheter chez moi. Partout, il se promène avec des sachets pour les présenter» dit-elle, sourire aux lèvres.  Aujourd’hui, sa belle-mère assure les ventes dans la boutique, quand elle est prise par les tâches ménagères du foyer.  

Pour Djibril Touré, conseiller municipal à la mairie de Kita, cette initiative soulage les autorités communales. « La jeunesse ici fait face à un chômage criant, ce qui les pousse à s’adonner à l’orpaillage et partir en exode » déplore-t-il. Différents bailleurs et projets viennent mener des activités à l’endroit des jeunes de Kita, une action hautement salutaire d’après lui. Toutefois, Djibril Touré regrette que certains projets financés ne répondent pas aux besoins et à la réalité du milieu. « Vous avez de plus en plus de jeunes qui sont dans l’animation et la sonorisation, ce qui est en soi un métier comme les autres. Mais Kita est une zone d’agriculture par excellence qui n’a pas atteint son potentiel. Tous savent au Mali que Kita est le bastion de l’arachide, et récemment du coton. Il serait bien que la jeunesse s’intéresse à l’agriculture, à la transformation et à l’industrialisation de nos productions » explique le conseiller communal. Et d’ajouter qu’il invite le Facej à aussi prendre en compte les jeunes non scolarisés, encore plus défavorisés et sans perspectives que les diplômés.

Djibril Touré, conseiller communal

Rencontré lui aussi, Amadou Sow est cheminot à la retraite. Alors, bien sûr, il a de quoi dire sur l’arrêt des activités ferroviaires depuis quelques années : il souligne à quel point l’économie de Kita et la jeunesse particulièrement en pâtissent.

Oumar SANKARE

Kita, un an après

Aliou Traoré, facilitateur du Facej, est l’homme de terrain en contact avec les bénéficiaires, et chargé de déterminer qui répond aux critères de l’organisation. A Kita, le Facej a un an d’activité, précise-t-il, on n’en est donc pas encore aux évaluations. Pour bénéficier de l’appui du programme, il faut être une entreprise en activité depuis au moins au moins deux ans et formellement créées (registre du commerce et numéro d’identification fiscal), et cela concerne des personnes entre 18 et 35 ans. Ou être dans un projet de création d’entreprises et avoir entre 18 et 30 ans pour les hommes (18 à 35 ans pour les femmes) », détaille-t-il.

Après ce début de mise en œuvre, Aliou Traoré a un regret : la banque partenaire traine les pieds pour débloquer les fonds. « Selon nos textes la banque est tenue de mettre à la disposition des bénéficiaire leurs fonds en 15 jours, alors qu’ici elle prend jusqu’à 3 mois pour les débloquer » indique-t-il. Or, la réactivité des partenaires est importante dans la logique du programme.

O.S.

Pour en savoir plus :

Le Fonds d’appui à la création d’entreprise par les jeunes/FACEJ est créé et financé par l’Ambassade du Danemark (co-financé par l’Ambassade des Pays-Bas) et mis en œuvre par un gestionnaire de fonds (le consortium PLAN-BØRNEfonden et Swisscontact.

Objectifs du FACEJ :

❑ Appuyer les jeunes sortants d’une formation technique, professionnelle ou supérieure à démarrer leur entreprise dans leur métier ;

❑ Appuyer les entreprises de jeunes avec un fort potentiel d’entrer en phase de croissance.

Durée : 3,5 ans (2019 – 2022) ;

Zones d’intervention :

– Région de Sikasso

– District de Bamako et zone périurbaine (Kati et Koulikoro)

– Zone urbaine et périurbaine de Ségou, Tombouctou, Mopti et Kita

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