Sirebara Fatoumata Diallo : l’entrepreneuriat par la foi et l’exemple

 A soixante ans, dont une vingtaine d’années comme entrepreneuse, Mme Sirebara Fatoumata Diallo persiste et signe : seul l’entrepreneuriat peut combattre efficacement le manque de travail au Mali. Son parcours le prouve.

Il ne faut pas se fier à son allure de grande Dame, à son joli collier de perles et à son pagne de marque : Fatoumata est une agricultrice, une vraie, une travailleuse acharnée et déterminée. Elle excelle dans l’agriculture « avec grand A (agriculture, élevage, foresterie et pisciculture), », tient à préciser la passionnée au débit rapide.

À 60 ans, la touche-à-tout pour qui « seule l’agriculture peut aider le Mali à atteindre la souveraineté alimentaire », ne se lasse pas de faire fructifier son business. Un business démarré voilà plus de 20 ans par le poisson à qui elle voue toujours un fort penchant.  Quand elle évoque ce qui lui a permis de « s’autonomiser, de voyager et de rencontrer des grandes personnalités du monde », il est difficile de l’arrêter.

« On ne peut pas parler de poisson au Mali sans parler de Mme Sirebara. Le poisson est tout pour moi dans la vie. J’ai tout eu grâce à lui. Je le défends, lui et tout ce qui est autour de lui », assène-t-elle. D’ailleurs à ses différentes qualifications de femme rurale et productrice agricole, elle préfère, avec fierté, celle de « femme intervenante dans la filière poisson ».

« Engagée et très motivée »

Jeune déjà, « par amour pour sa mère bozo », la native de Koulikoro milite dans les organisations de pêcheurs et co-fonde même l’Association des pêcheurs résidents au Mali (APRAM). Le collectif qui a vu le jour en 1991 entendait principalement : « aider le monde pêcheur à aller de l’avant ».

Cet engagement pour le poisson l’a convaincue, en 2001, d’abandonner le poste de directrice d’agence immobilière qu’elle exerçait depuis 14 ans. « J’ai pris la décision de ne plus travailler pour quelqu’un et de me lancer dans l’entrepreneuriat. Sans fonds conséquent et avec beaucoup de difficultés au début », se souvient-elle.

Elle commence avec l’appui de son mari, Ali Sirebara, qui lui fournit à crédit du poisson péché qu’elle revend. « J’ai cru en moi, je me suis fixé un objectif et je l’ai atteint », constate non sans fierté celle qui conseille à la jeunesse malienne de se réveiller et d’entreprendre car « quand tu travailles pour toi, tu cherches toujours à faire mieux ».

Coach formateur sur les questions d’entrepreneuriat, Moussa Hubert Ouologuem qui l’a connue et a collaboré avec elle, la décrit comme une femme « engagée et très motivée » pour la cause de l’entrepreneuriat au Mali. « Elle se bat corps et âme pour les femmes. Elle les encourage à travers des formations à pratiquer l’entrepreneuriat pour conquérir leur autonomie financière », témoigne-t-il.

Outre le commerce du poisson et dérivés, la directrice du Centre de formation multifonctionnelle pour le développement durable et vice-présidente de la Fédérale nationale des femmes rurales (FENAFER)opère égalementdansle maraichage hors sol. « J’ai entamé ces activités pour amener les femmes et les jeunes à pratiquer cette activité qu’ils croyaient masculine parce que c’était cher », justifie-t-elle.

Une force motrice

Au Mali, plus de 60 % de la population (plus de 21 millions de personnes en 2021) vit en milieu rural, selon le Fonds international de développement agricole (FIDA). La population croît de 3% en moyenne par an (2% en milieu rural). Si cette tendance se maintient, selon les données de l’institution des Nations unies, la population malienne atteindra environ 30,3 millions d’habitants en 2030. Cette population, à 40% jeune, représente une force motrice pour la croissance économique du pays et impose l’insertion professionnelle et l’accès aux opportunités économiques comme des défis majeurs auxquels le gouvernement devra faire face pour faire chuter le taux de chômage national estimé à 8%.

Pour y parvenir la présidente et créatrice de la coopérative« Femme en action » appelle les autorités de la transition à promouvoir l’entrepreneuriat jeune. Un moyen, qui de son point de vue, permettra aussi de lutter contre le terrorisme : « Je vois en la jeunesse, les sauveurs du Mali. Parce que quand cette jeunesse est accompagnée et en activité, elle ne pensera pas négativement. Elle aidera l’État à ramener les autres jeunes sur le droit chemin. Je pense aux jeunes engagés dans le djihadisme par contrainte », indique-t-elle.

Aly Asmane Ascofaré

Laisser un commentaire