Il suffit d’un hivernage pluvieux, et l’inondation fait des ravages. Exemple à Sénou, un des quartiers les plus peuplés de Bamako. Les lacunes de la viabilisation vont de pair avec une occupation anarchique de l’espace par la population. Tout le monde semble avoir sa part de responsabilité.
Aucune concession familiale ne s’est encore écroulée dans les parages, mais l’eau ruisselle dans la cour et sur la terrasse d’Awa Traoré qui tente de regrouper ses ustensiles. Énervée et effrayée, Awa a la voix qui tremble et la chair de poule quand elle évoque le calvaire vécu en cette période hivernale : « Je suis obligée d’arrêter mes ventes au marché, car l’eau pénètre de plus en plus fort dans ma cour et coule dans tous les sens. J’ai essayé de trouver des solutions passagères pour la contenir. Hélas, rien ne marche !». Sa voix s’affermit pour un début de révolte : « les revenus du marché nous permettent de subvenir aux besoins de notre famille. C’est pourquoi nous contribuons à l’aménagement du marché. C’est peine perdue, car rien n’est fait jusqu’à présent ». Awa en appelle sans grande illusion aux autorités de la Commune VI, car l’état des rues et du marché est très critique.
Binta Coulibaly aussi évoque avec angoisse les jours de pluie lorsque l’eau remplit sa cour et envahit la véranda de la maison. « Je suis obligée, avec mes enfants, de prendre seaux et daba pour évacuer l’eau. Les maisons en banco n’aiment pas l’humidité », souligne-t-elle.
Responsabilités partagées
Ces désagréments n’empêchent pas Moussa Keita, un chef famille à la retraite, de faire la part des choses. Les responsabilités, estime-t-il, sont partagées entre la mairie et les populations : « Il est sûr que nos municipalités n’ont jamais joué leur rôle, mais les populations ont aussi leur part dans ce désastre ».
Mécanicien à Sénou, Moussa Traoré est préoccupé par la dégradation des routes qui occasionne nombre d’accidents de la circulation avec parfois mort d’homme. Lui estime faire son devoir en payant ses impôts à la mairie. « Je paie 50 FCFA comme patente à la mairie chaque matin, mais nos ruelles sont impraticables », assène-t-il.
Assétou Sanogo atteste vivre le même calvaire que Moussa. Cette vendeuse de poisson au marché de Senou, explique : « Je viens de chez moi pour vendre du poisson devant la porte de Sidiki Coulibaly. Si une personne de bonne volonté pouvait réhabiliter cette voie, cela nous ôterait une épine du pied ».
Basidiki Coulibaly, l’un des fils du chef du village de Sénou, pensait justement avoir la solution à la réhabilitation des ruelles : il a interpellé les citoyens de la commune pour qu’ils mobilisent. Sans succès. Désormais, il demande aux autorités de trouver une solution rapide à ce problème : « Chaque année, les torrents font des dégâts et des morts. Nous avons besoin de caniveaux. La mairie a installé les commerçantes de façon anarchique. Conséquence : l’eau ne peut pas s’écouler ».
La viabilisation en panne


Chargé des affaires foncières, le 2e adjoint du maire de Commune VI, connait le sujet. Baba Sanou souligne que le quartier de Sénou est confronté à un sérieux problème de lotissement et de réhabilitation. Explications : « il y a dix ans, nous avons commencé l’ouverture des voies avec le lotissement de Sénou. Il fallait, en effet, créer des voies pour permettre l’adduction d’eau car les canalisations suivent le tracé des rues. Grâce à un projet luxembourgeois, nous avons pu ouvrir des voies, placer les canalisations pour l’adduction d’eau, effectuer des forages qui fonctionnent normalement maintenant ».
« Cette première étape aurait dû être immédiatement suivie par la phase de la viabilisation avec un financement fourni par l’État ou par un autre partenaire. Rien n’est venu. Peut-être parce que 30 milliards de FCFA étaient nécessaires pour viabiliser le quartier. L’État était confronté à un chantier beaucoup plus vaste, avec les aménagements de la voie passant par Faladié et traversant Sénou vers Bougouni. Nous avons détruit les maisons édifiées au bord de la voie, mais aujourd’hui toutes les stations d’essence implantées en bord de route sont archaïques et empiètent sur les voies officiellement prévues dans le schéma directeur d’aménagement de Sénou. Certaines stations ne peuvent même pas se prévaloir d’une autorisation de la commune ».
Baba Sanou, décidément très disert sur les questions d’aménagement, fait remarquer que le quartier ne dispose que d’un unique grand collecteur qui passe par le marché. Un ouvrage d’évacuation utilisé comme dépotoir par les habitants. « Le comportement de l’homme fait qu’il est difficile d’assainir ce pays. Malgré ta bonne volonté, malgré tout ce que les pouvoirs publics font, quand le changement de comportement ne suit pas, les actions ne seront pas visibles. Je lance donc un appel à la population pour qu’elle prenne ses responsabilités afin de gérer nos eaux usées », conclue-t-il.
Dans le quartier le plus peuplé de la capitale, le constat est donc inquiétant et on ne voit pas encore d’où viendra le salut. Ajoutons que le danger est là, à Sénou, mais aussi à Hèrèmakono et à Sibiribabougou. Ailleurs, la catastrophe a déjà frappé : à Syn, dans la commune de Djenné, plus de 500 maisons se sont écroulées.
Tidiane Bamadio
